Jean Genet _ Le Pêcheur du Suquet (le Condamné à Mort)

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Par d'herbeuses landes, sous ta ceinture
Débouclée nous arrivons la gorge sèche
L'épaule et les pieds las, auprès de Lui.
Dans son rayonnement le Temps même est voilé
D'un crêpe au dessus duquel le Soleil, la Lune,
Et les étoiles, vos yeux, vos pleurs brillent peut-être.
Le Temps est sombre à son pied.
Rien n'y fleurit que d'étranges fleurs violettes
De ces bulbes rugueux.
A notre cœur portons nos mains jointes
Et les poings sur nos dents.

Qu'est ce t'aimer ?
J'ai peur de voir cette eau couler
Entre mes pauvres doigts.
Je n'ose t'avaler.
Ma bouche encor modèle une vaine colonne.
Légère elle descend dans un brouillard d'automne.
J'arrive dans l'Amour comme on entre dans l'eau.
Les paumes en avant, aveuglé, mes sanglots
Retenus gonflent d'air ta présence en moi même
Où ta présence est lourde, éternelle.
Je t'aime.

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